J’ai déjà tué, moi ?
Alors qu’approche le Carême, peut-être faudrait-il que je pense à recevoir le sacrement de la réconciliation. A y réfléchir, je me demande depuis combien de temps je ne me suis pas approché du confessionnal : peut-être l’an dernier, et encore car je n’arrive pas bien à m’en souvenir. Mais qu’est-ce que je vais pouvoir encore dire cette année ? Au moins avant, il suffisait de venir avec sa très longue liste et de la lire pendant que le prêtre écoutait pieusement. Mais Père Alexandre a rappelé que ce n’était pas le supermarché, le sacrement de la réconciliation. Il faut sélectionner les points essentiels sur lesquels le Seigneur m’appelle aujourd’hui à progresser. Bon, je vais commencer avec les dix commandements : « Tu ne tueras pas ! » Facile celui-là, évident que je n’ai tué personne.
Mais en même temps que cette pensée me traverse, je me sens comme aspiré à travers le temps et l’espace. Je me retrouve alors en pleine messe, présentant le panier d’offrande à l’autel. Tout à coup, une voix puissante me transperce : « Et Gabin, alors ! ». Ha ! Gabin… c’est mon voisin acariâtre, avec son vieux chien hideux. Que je le déteste celui-là. S’il pouvait déménager, ça me ferait des vacances. D’ailleurs, lors du dernier épisode hivernal, pour lui faire les pieds, j’ai entassé un beau paquet de neige devant son portail. Un nouveau cri retentit dans l’église : « Laisse ton offrande, là, devant l’autel et va d’abord te réconcilier avec ton frère ! » Voilà que de nouveau le décor se transforme. Je me retrouve devant la maison de Gabin. Je le vois assis sur un banc devant sa porte, avec son chien couché à ses pieds. Une pensée me traverse : « Ai-je déjà pris le temps de vraiment lui parler, de le connaître, et finalement de l’aimer ? » C’est donc avec une nouvelle ardeur que je m’avance vers lui, pour qu’une nouvelle relation puisse naître.
Je reviens petit à petit à moi, fixant ce commandement : « Tu ne tueras pas ». Aujourd’hui j’ai compris ce que Jésus veut dire quand il affirme : « Tout homme qui se met en colère contre son frère…, insulte son frère, le traite de fou…, ne l’a-t-il pas déjà en réalité mis à mort dans son cœur ? » Cette année, c’est avec un cœur nouveau que je pourrai porter mon offrande au Seigneur.
P. Alexandre



